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17 août 2015 1 17 /08 /août /2015 20:07

Voilà des mois que j'espérais ce rencard, que je guettais l'opportunité de quitter mon quartier bien trop domestiqué, beaucoup trop policé. La montagne est mon échappatoire, ma bouffée d'air. Quel plaisir ! Demain j'ai rendez-vous, près d'un lac d'altitude, avec une jolie silène des rochers.

   

Données de la rando

Carte IGN : TOP 25 3335 ET Bourg-d'Oisans l'Alpe-d'huez

Distance : 13,9 kms

Dénivelé positif : 969m

Altitude Max : 2641 m

Durée : 5 à 6h (3h50 de marche effective, 2h16 d'arrêts en ce qui nous concerne ce jour là)

Départ : Parking du lac de Besson (2073m)

Description/intérêts : Des lacs à tous les étages : A l'étage inférieur, des lacs d'alpages entourés de gazons sur le plateau de l'Alpette accessibles aux familles. Au niveau intermédiaire, sur le plateau des petites rousses, pour les bons randonneurs, des lacs d'altitude au coeur d'un univers minéral, c'est la porte de la haute montagne... Enfin, plus haut encore, pour les alpinistes équipés, des lacs glaciaires sur le plateau des rousses.

Album photos de la rando http://www.espritrando-reflexphotos.org/album-photos-refuge-et-lac-de-la-fare.html

Le fil de la rando

8h30 du matin,  parking du lac Besson à proximité de la station de l'Alpe-d'Huez. Il fait à peine plus de 7° ! L'air est un peu frais, le lieu quelque peu désert à cette heure de la journée. Je savoure cet instant libérateur... Des mois que j'attends de renouer avec la randonnée en montagne. La montagne est ma déesse, fouler ses sentiers, ma liturgie. Je prends une grande bouffée d'air, les bras levés vers le ciel sous l'oeil interrogateur et goguenard de Morgane qui m'accompagne.

Let's go... Le chemin bucolique emprunte tout d'abord un sentier de randonnée de pays : la ronde des lacs du plateau de l'alpette entre 2000 et 2100m d'altitude - un parcours familial très prisé - Nous empruntons le sentier aval en surplomp du lac Besson. Quelques pêcheurs matinaux titillent la truite arc-en-ciel et l'omble chevalier au lieu de succomber au péché matinal. Un peu plus haut sur la gauche, nous dominons le lac noir et nous nous goinfrons d'une vue imprenable sur les massifs des Grandes Rousses et de Belledonne.  Miroir, ô mon beau miroir... Et si le lac noir était doué de parole, par réflexion, capable de révêler par l'image les vérités invisibles, les secrets les plus profonds. Partager le rêve d'un poisson espérant son verre à soi, les larmes de désespoir de cette femme lui susurrant que tous les hommes sont égouts, les rires de cet enfant ou la tendresse de ce baiser échangé par ce couple d'amants... Et à quoi rêvent les eaux dormantes du lac ?  Miroir magique, eau de jouvence, dis moi, raconte-moi...

De lac en lac, nous traversons l'ancien alpage. Le lac Faucille entouré de gazon est colonisé par la végétation. Je suis désormais bien trop sage, pour me rouler dans ces herbes folles. Puis, voilà bientôt le lac Carrelet puis l'Alpette, intermédiaire du téléphérique de Vaujany.

Le lieu est chargé d'histoire. Le 14 Août 1944, de violents combats ont opposés les maquisards de l'Oisans et les allemands qui poursuivaient des aviateurs américains et les rescapés de l'hôpital d'Huez. De nombreux éciteaux témoignent de ces faits et permettent de nous souvenir.

Nous prenons à droite, direction du refuge de la Fare. Au début du sentier, une pancarte prévient : " le refuge est fermé suite à d'importants risques de chutes de pierres". De peur que la montagne se rebelle, peu rassurée, Moragne m'encourage à changer d'itinéraire. Je la rassure... Oui, le refuge est fermé, mais nous ne faisons que passer, le risque est calculé... Faisons taire nos craintes et avançons joyeusement. La montée s'amorce, c'est maintenant que ça se corse ! Le sentier traverse un impressionnant pierrier. Ici, le temps, l'érosion ont punis, défigurés la montagne, elle tombe en lambeaux. Des ouvriers travaillent avec des gros engins, grattant la roche un peu plus bas au niveau de l'alpette... Le brouhaha s'élève, se répercute en écho sur la paroi... L'imagination, la peur aidant, Morgane craint l'éboullement à chacun de ses pas. Elle s'est autopersuadée : la montagne va nous tomber sur la tête !

Nous passons quelques vires rocheuses un peu glissantes - il a beaucoup plu le week-end dernier - Heureusement, elles sont équipées de câbles, un côté bien pratique pour ceux qui n'ont pas le pied bouquetin. Après une quarantaine de minutes de belles montées et quelques 250m de de dénivelé positif, nous atteignons le petit refuge de pierres de la Fare. Un panneau commémoratif revient sur les evênements historiques de 1944 et célèbre la victoire qui stoppa l'inhumaine poursuite...

Nous nous posons quelques minutes sur la terrasse du petit refuge, observant le panorama sur la vallée d'Oisans. Les sommets de la chaîne de Belledonne sont quant à eux emmaillotés de nuages. Puis, nous avalons une barre de céréales avant de poursuivre notre ascension vers le lac de la Fare.

Une nouvelle montée engagée au milieu d'innombrables petits ruisseaux. C'est la montagne qui pleure. Des larmes qui dégoulinent sous nos pieds qui tentent, tant bien que mal, de garder l'équilibre. Les rochers sont glissants mais de nombreux passages sont équipés de mains courantes facilitant la progression.  La cascade de la Fare déverse, à son tour, son jet de souffrance. La montagne agonise en sanglots.

Nous atteignons un second plateau au décor beaucoup plus minéral. Nous le traversons en suivant des cairns et des marques "rond bleu" pour déboucher quelques dix minutes plus tard sur notre objectif : le lac de la Fare (2641m) et son petit abri de pierre.

 

Nous n'avons croisé aucun randonneur depuis le matin. Nous profitons égoistement de ce grand espace de montagne. Nous partageons notre pique-nique au bord du lac. Pendant que Morgane se délasse quelques temps, je poursuis le chemin jusqu'au lac du milieu (2679m) puis la rejoint pour prendre un petit café. J'aime ce calme plat des hauteurs. je pourrai musarder longtemps ici, mais très vite, les nuages qui grignotaient les cimes alentours, empiettent maintenant sur le lac et bientôt nous dévorent. Nous redescendons à travers la nébulosité vers le refuge de la Fare. C'est seulement au niveau du plateau de l'Alpette que nous retrouvons le soleil ainsi que la foule. En ce début d'après midi d'été, le sentier des lacs est un sentier foulé, battu. Une multitude de familles se suit en file indienne formant une gigantesque chenille. Un contraste saisissant avec la quiétude et la solitude que nous avions ressenti un peu plus haut en altitude. Nous gagnons le parking bondé du lac Besson en slalomant entre les promeneurs, fuyant l'agitation.

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