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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 22:00

Gde Traversée créole - Etape 1 -018Gde Traversée créole - Etape 3 -039Gde Traversée créole - Etape 3 -122Gde Traversée créole - Etape 8 -025Gde Traversée créole - Etape 9 -061

Ile tropicale, océanique et grande montagne volcanique, l'île de la réunion possède une très grande diversité de paysages naturels. Les éruptions successives, les effrondements colossaux, l'érosion hors du commun ont façonné l'île dans un relief tourmenté et très impressionnant : pitons volcaniques, cirques et remparts verticaux, plateux de bazalte, vallées, caldeiras profondes, forêts indigènes humides riches en espèces endémiques... cette beauté exceptionnelle a valu à l'île l'inscription sur la liste du patrimoine mondial le 1er Août 2010.

C'est au milieu de ce décor exceptionnel, gigantesque que serpente le GR R2. Ce parcours difficile mais magique permet d'approcher tous ces trésors naturels de l'île de la réunion. Il permet de rencontrer et de cotoyer les habitants des hauts regroupés dans des îlets, qui vivent là, loin de tout, en communion avec cette nature exhubérente. Une grande richesse culturelle, un métissage, là aussi d'une grande diversité. Une mosaïque de peuples (français, malgaches, indiens, africains, chinois...) vivent sur l'île et ont conservé leur idéntité, leur religion, leurs cultures, leurs us et coutumes. Un trésor d'humanité.

Le riz accompagné de grains, les brèdes, les cari et autres rougail, le punch et le rhum arrangé....la cuisine créole est également un vrai bonheur pour les papilles. Les repas du soir sont une vrai bénédiction : une belle récompense à la dépense d'énergie de chaque journée de trek. Litchi, mangue, passion, annanas victoria, les petites bananes : tous les fruits sur l'île sont délicieux, goûteux, et contrastent avec nos fruits si fades en métropole.

Quels bons souvenirs !

J'écris cet article pour tordre le cou à la fugacité, pour prolonger l'instant, figer l'éphémère et garder une trace de ce voyage au coeur de ce sanctuaire naturel. Au détour d'un sentier, par une fenêtre naturelle, je me souviens avoir longuement observé ce chaos minéral, mon regard fixé sur l'un des pics acérés du cirque de Mafate, j'ai alors eu l'impression d'approcher l'éternité. Bonne lecture, bon voyage !

Données du trek

Description : le sentier de Grande randonnée GR R2 permet de traverser l'île de la réunion  du littoral nord au littoral sud en passant par les cirques de Mafate et de Cilaos, par le piton des neiges... Il serpente dans les deux cirques, s'étire dans les pâturages de la plaine des Cafres et aboutit dans la région du volcan : il traverse la plaine lunaire des sables et rejoint le volcan de la fournaise.

Départ : Le Brûlé (hauteur de St Denis)

Arrivée : Basse vallée

Etapes : 11 ou 12 étapes (jours)

Distance : environ 130 kms

Altitude min.: 50 m

Altitude max: 3071 m

Dénivelée positive : près de 9500m cumulée

Dénivelée négative : près de 8600m cumulée

Date de réalisation : du 25 décembre 2012 au 4 janvier 2013 (11 étapes)

Difficulté : difficile, demande une très bonne condition physique... Une bonne préparation est recommandée compte tenu des dénivelées importantes, du terrain très glissant et très pentu à la montée comme à la descente. Il n'y a pas de journées de repos, chaque étape est un véritable engagement physique. Mais l'effort est récompensé par la magie des paysages : une mosaïque exceptionnelle d'une grande diversité. Un véritable trésor pour les yeux. Il est possible d'adapter le parcours en plus d'étapes en fonction de sa condition physique.

Albums photos

Etape 1 : Saint Denis à Roche Ecrite :  Reunion---St-Denis-à-Roche-ecrite Reunion---St-Denis-à-Roche-ecrite

Etape 2 : Plaine des chicots à Dos D'Âne :  Reunion---plaine-chicots-dos-dANE Reunion---plaine-chicots-dos-dANE

Etape 3 : Dos D'Âne à Aurère:  Reunion---Dos-ane-a-Aurere Reunion---Dos-ane-a-Aurere

Etape 4 : Aurère à l'îlet des lataniers :  Reunion---Aurere-a-Lataniers Reunion---Aurere-a-Lataniers

Etape 5 : Ilets des Lataniers à Plaine des Sables vers Marla :  Reunion---lataniers-a-plaine-des-sables Reunion---lataniers-a-plaine-des-sables

Etape 6 : Plaine des sables, Marla jusqu'à Cilaos :  Reunion---Marla-cilaos Reunion---Marla-cilaos

Etape 7 : Cilaos à la Caverne Dufour :  Reunion---Cilaos-Caverne-Dufour Reunion---Cilaos-Caverne-Dufour

Etape 8 : Ascension piton des neiges et etape jusqu'à Bourg Murat :  Reunion---Piton-des-neiges-bourg-murat Reunion---Piton-des-neiges-bourg-murat

Piton de la fournaise : Reunion---Piton-de-la-fournaise Reunion---Piton-de-la-fournaise

Saint Gilles :  Reunion---Saint-Gilles Reunion---Saint-Gilles

 

Le trek au jour le jour

Gde Traversée créole - Etape 1 -018Gde Traversée créole - Etape 1 -019Gde Traversée créole - Etape 1 -026Gde Traversée créole - Etape 1 -044Gde Traversée créole - Etape 1 -049

Etape 1 : Le brûlé (auberge du val fleuri)   - plaine des chicots (gîte de la roche Ecrite)

Durée : environ 6h de marche

Dénivelée + : 1275 m

Dénivelée - : 600 m

Altitude min : 1000 m

Altitude max : 2276 m

Album photos de la journée :  Reunion---St-Denis-à-Roche-ecrite Reunion---St-Denis-à-Roche-ecrite

Notre petite équipe se retrouve à 7h ce matin pour le petit dejeuner dans le réfectoire de la confortable auberge du val fleuri où nous avons passé le réveillon de Noël 2012. Le rhum partagé la veille n'a pas trop affecté les organismes. Tout le monde semble frais, dispo, affuté, prêt à en découdre avec les sentiers du GR R2. Nous sommes cinq : Yves, Thomas, Anne-marie, Eric et moi-même. Mes compagnons de trekking me paraissent bien préparé pour affronter la difficulté du parcours : marathoniens, trail ou ecotrail addict, plutôt très sportifs... D'ailleurs, l'essentiel des dicussions tournent autour de ce grand raid qu'est la diagonale des fous. Je me sens physiquement un peu en deçà de mes acolytes.. mais, pas le temps de paniquer, il faut déjà se répartir les provisions des prochains jours.

8h (5h en métropole), nous quittons la petite auberge, sévèrement chargé. Avec les affaires de rechange, la bouffe pour nos pique-niques et notre repas de ce soir, mon appareil reflex et mes objectifs, le poid de mon sac à dos doit avoisiner les 15kgs. Je mets du temps à trouver mon équilibre. Dès les premiers kilomètres, je redoute que mon sac ne devienne mon pire ennemi. Je regrette déjà de ne pas avoir pris plus de temps pour optimiser son contenu.

Nous empruntons un sentier composé de nombreuses marches (les premières : nous sommes encore loin d'imaginer le nombre incalculable de marches gargantuesques que nous allons devoir gravir tout au long de ce GR). Le sentier coupe plusieurs fois une route forestière pour déboucher finalement sur une aire de pique nique : Mamode camp à la lisière d'une forêt de cryptomérias, une espèce se sapins endémiques.

C'est ici que démarre le sentier officiel vers la plaine des chicots. Les panneaux indicateurs de l'ONF annonce 2h30 pour rejoindre le gîte, 5h pour le sommet de la Roche Ecrite. Nous pénétrons dans la réserve naturelle, espace protégé, pour préserver l'habitât du tui-tui, oiseau endémique de l'île. Nous progressons sur un sol poudreux, boueux, encombré de racines. Nous sommes au milieu d'une forêt primaire : la forêt des bois de couleurs. Une forêt humide baignée dans le brouillard. Les cryptomérias font place aux fougères arborescentes dont certaines sont gigantesques... Eric a fixé un rythme de marche plutôt engagé mais s'arrête dès que nous rencontrons une espèce endémique à son île pour échanger avec passion et nous transmettre tout l'attachement qu'il porte à son île.

La pente devient par endroit bien plus soutenue, nous avalons quelques raidillons à bonne vitesse et rejoignons un bosquet de bambou calumet. Ils ont fière allure ces bambous. Ils sont composés d'une succession de touffes en étages régroupées au niveau des noeuds. On grimpe maintenant en permanence. Voici les premiers tamarins des hauts. Le sentier se faufile entre les troncs.

Nous négocions une pente raide à proximité d'une ravine que nous finissons par traverser. L'itinéraire est encombré par des arbres abattus.

Une dernière grimpette nous permet de déboucher sur le gîte de la plaine des chicots. Nous avons déjà avalé près de 800m de dénivelée positive. Je savoure l'instant où je pose mon sac à dos à terre. Je ne sens déjà plus mes épaules et mes cervicales.

Le gîte est fermé aujourd'hui, mais Eric, qui connaît les propriétaires, a récupéré une clé pour un dortoir. C'est ici que nous passerons la nuit. Nous préparerons notre repas nous même.

Nous prenons le pique-nique au gîte et allègeons, tant que possible, nos sac à dos avant de nous lancer dès le début d'après midi dans l'ascension de la Roche Ecrite. Le brouillard nous enveloppe assez vite... Eric ne semble pourtant pas pessimiste.  Le temps a vite fait de changer sur l'île.

Le paysage est très différent de la matinée : la forêt a laissé place à la basse végétation. Le sentier navigue à travers les branles verts, espèce de bruyère arborescente endémique à l'île de la réunion. Nous foulons à grand pas de grandes dalles volcaniques.

1h pour parcourir les 500m de dénivelée positif. Eric s'est lancé dans un rythme à "la marche où crève". Je renonce à le suivre, mon cardio s'affole. seul Thomas accroche ses talons. 

Quelques apparitions de bleu dans des nappes de brouillard me laisse espérer que le ciel va sel dégager... mais en vain... C'est la farine qui pend finalement le dessus et c'est dans le brouillard que nous rejoignons le sommet de la Roche Ecrite (2276m). De nombreuses inscriptions recouvrent la roche, des messages d'amour, quelques odes à la nature, à la vie.. La Roche Ecrite offre normalement  une vue imprenable sur le cirque de Salazie, sa nature verdoyante et ses cascases vertigineuse. Le ciel complètement bouché nous empêche d'admirer ce spectacle aujourd'hui. Il se mérite ! D'ailleurs d'après les locaux, c'est seulement au bout de la huitième ascension de la Roche Ecrite que l'on peut envisager d'y découvrir Salazie. Dommage, il n'y aura pas d'autres occasions durant cettre traversée de l'île pour observer ce cirque majestueux.

C'est sous une forte pluie tropicale, détrempés, que nous regagnons le gîte de la plaine des chicots pour y passer la nuit.

Gde Traversée créole - Etape 2 -006Gde Traversée créole - Etape 2 -003Gde Traversée créole - Etape 2 -019Gde Traversée créole - Etape 2 -044Gde Traversée créole - Etape 2 -058

Etape 2 :   plaine des chicots (gîte de la roche Ecrite) - Dos d'Âne

Durée : environ 5h de marche

Dénivelée + : 430 m

Dénivelée - : 900 m

Altitude max : 1837 m

Altitude min : 918 m

Album photos de la journée : Reunion---plaine-chicots-dos-dANE Reunion---plaine-chicots-dos-dANE

Levés à 6h pour un départ à 7h. Nos habits sont encore très humides.

Cette étape qui s'annonçait, sur le papier, comme la plus tranquille, va se révéler bien plus complexe. La cause : le mauvais temps. Il a plu toute la nuit, et il pleut encore ce matin. Le terrain est rendu très glissant... Notre progression timite, donne lieu à de nombreuses accrobaties visant à garder l'équilibre. Les chutes sont parfois inévitables. Chacun d'entre nous y va de sa plus belle chute. Mais c'est Yves qui décroche incontestablement le palmarès des gamèles. Nos pantalons sont plein de boue.

La descente vallonée s'effectue à travers la forêt de bois de couleurs et de tamarins des hauts, dont certains sont arqués ou couchés sous l'action des vents. La forte humidité avoisinant 100% en sous-bois a favorisé le développement d'une végétation luxuriante. Enveloppés dans nos capes de pluie et nos vestes imperméables en goretex, nous progressons au milieu d'une véritable jungle.

Après environ 1h30 de marche, nous rejoignons l'intersection avec le sentier de la plaine d'Affouches, nous poursuivons vers Dos D'Âne. 

Nous devinons être sur une crête... A gauche, se trouve le rempart du cirque de Mafate qui étale toute sa splendeur ironise Eric.... Il est vrai qu'une farine épaisse, une véritable mélasse nous bouche la vue... Par moment sur notre gauche, nous devinons quand même, en contrebas, quelques toits d'habitations du village de Dos D'Âne... Il doit être fabuleux ce sentier balcon par temps ensoleillé !

Nous gagnons notre gîte en tout début d'après midi sous une pluie battante... De nouveau détrempés. Il va être bien difficile de faire sêcher nos fringues.

Une bonne soirée chez nos hôtes, éleveurs de cailles, qui nous partagent leur quotidien de vie sur l'île. Les histoires entrecoupés de mots en Créole nous poussent à tendre l'oreille... Ah ces zoreilles (nom donné aux français venant de Métropole à la réunion).

Trois versions différentes expliquent l'origine de ce surnom :

- les métropolitains comprenant mal le créole, ont tendance à tendre l'oreille ou à faire répéter.. Ils sont un peur dur d'oreilles ;-)

- On dit aussi qu'à l'orgine les propriétaires blancs (devenus les zoreilles) coupaient les oreilles aux esclaves marrons (ceux qui s'étaient enfuis) afin de les reconnaître en cas de récidive.

- une dernière version indique que c'est le mot tamoul durhei qui signifie maître qui est à l'origine du mot zoreilles.

 Gde Traversée créole - Etape 3 -024Gde Traversée créole - Etape 3 -050Gde Traversée créole - Etape 3 -099Gde Traversée créole - Etape 3 -125Gde Traversée créole - Etape 3 -181

Etape 3 :    Dos d'Âne - Les deux bras - Aurère

Durée : environ 6h de marche

Dénivelée + : 890 m

Dénivelée - : 830 m

Altitude max : 926 m

Altitude min : 252 m

Album photos de la journée :  Reunion---Dos-ane-a-Aurere Reunion---Dos-ane-a-Aurere

Le ciel paraît plus clément ce matin. Le soleil brille et nous donne un bien meilleur moral.

Le sentier du Bras de Saint Suzanne pique abruptement dans le rempart en rive droite de la rivière de galets. Une pancarte recouverte de cinq pictogrammes avertit le randonneur : passage glissant, passage d'échelle, passage en surplomb, passage instable, passage à gué. Le décor est planté pour ce début d'étape. Il est vrai que la descente vers la rivière tient toutes ses promesses. Elle se veut très technique. Le sol est très glissant, de nouveau sujet à de nombreuses glissades et chutes. le sentier est vertigineux, mais le végétation dense qui borde le chemin rassure les moins téméraires. Thomas qui a l'habitude d'être à l'avant poste à la montée est beaucoup plus prudent dans les descentes et ferme la marche. Anne-Marie n'est pas très rassurée... Je prends la tête du cortège avec Yves juste derrière Eric. Les bâtons sont les bienvenus. Les genoux et les quadriceps sont mis à rudes épreuves.

De belles trouées dans la végétation offrent au regard, une vue panoramique sur le cirque de mafate. Nous profitons de ces fenêtres naturelles, de ces instants ensoleillés, sans farine, pour nous délecter du spectacle qu'offre Mafate : une île dans l'île car aucune route ne pénètre dans ce chaos minéral. Le cirque de Mafate, ses pics acérés, ses gorges profondes, ses îlets (hameaux) à bord de précipices ne se découvrent qu'à pieds ou dans les airs à bord d'un hélicoptère.

les sentiers escaprés sont rudes mais que c'est beau !

Après environ 2h30 de marche, nous rejoignons le bras e Saint Suzanne, affluent de la rivière des galets (252m). Nous devons déchausser pour la traverser à gué. Nous prenons ici quelques bons temps. Eric et yves se baignent dans la rivière. Nous dressons la table du pique-nique.

Après le pique-nique, nous rejoignons le lieu-dit les Deux Bras. Quelques habitants de Mafate sont rassemblés ici avec des denrées alimentaires qu'ils regroupent dans des filets.. L'hélico approche, trainant un grand câble. Une fois le filet accroché, l'hélico s'envole dans Mafate déposer le colis pour revenir quelques minutes plus tard récupérer un autre filet.. de rotation en rotation, le ballet se reproduit inlassablement, tant que les conditions météo le permettent..  Des canards, des cochons s'envolent au milieu des bouteilles de dodo... Hallucinant ! Une petite discussion avec une famille nous renseigne sur le prix de a course. 200€ les 800 kgs.. Si le temps se dégrade et empêche l'hélico d'effectuer sa tournée, les habitants dorment ici, à côté de leurs filets, en attendant l'acalmie.

On suit maintenant le cours de la rivière des galets au milieu du cirque de Mafate. C'est le premier jour où l'on peut vraiment profiter de la beauté des paysages.. Je déclenche l'obturateur de mon reflex à tout va. 

Nous passons plusieurs passages à gué jusqu'au lieu dit la porte (281m). Le sentier grimpe alors à flanc de falaise. Il nous faut parcourir 650m de dénivelée positif pour atteindre Aurère. La première partie est plutôt progressive. Le piton calumets nous fait face. l'itinéraire serpente au pied du majestueux piton Cabris qui pointe vers le ciel à notre gauche.. Nous gagnons assez vite la source cabris (420 m) qui est malheuruesement à sec. Je comptais sur la source pour me ravitailler en eau. Je suis quasiment à sec. le sentier alterne entre faux plat et fort raidillon... La brume a subitement recouvert à nouveau le ciel, nous sommes encore rattrapés par la farine.

La pente s'élève encore... Le sentier est de plus en plus pentu... Je n'ai plus d'eau. J'ai soif à boire la mer !

Les deux cents derniers mètres de dénivelée sont particulièrement épuisants. De grandes marches cassent le rythme de la marche et le sentier s'élève quasi à la verticale. Je n'en peux plus. Je subi une grosse défaillance. Mes jambes ne répondent plus. J'ai l'impression de tracter un rocher, mes semelles ne sont plus que plomb. je peine à soulever mes jambes pour escalader les marches. Crise d'hypoglycémie, fringale... je suis cuit. Là mon canard lé noir ! Miracle : la source Bambou, que je viens d'atteindre, laisse échapper un petit filet d'eau. Je m'arrête un bon quart d'heure ici. Je bois beaucoup et avale une barre énergétique qu'Anne Marie m'a gentiment donnée, avant d'en finir avec une forte grimpée, un dernier coup de reins pour rejoindre Bord Bazar (953m). Je n'ai même pas la force d'aller découvrir la vue sur la partie basse de Mafate. Une seule envie, rejoindre notre hébergement, manger et dormir.

Nous rejoignons enfin Aurère, bonne terre en créole. Nous sommes acceuillis par Sylvestre et sa famille qui nous offre un thé.

Nous dormons chez l'habitant cette nuit dans une petite case aménagée en dortoir. 

Sylvestre est un rasta, fumeur de zamal, passionné de musique... Il fait d'ailleurs parti d'un groupe de reggae et a enregistré un disque qu'il nous propose.. Il nous vante les beinfaits du zamal (Attention, c'est pas pour les zoreilles ;-)..)

Je m'empiffre de riz et de poulet boucané au repas afin d'emmagasiner des sucres lents et regonfler mes ressources en énergie. Je prends soin de boire au moins deux litres d'eau et prends la résolution de boire beaucoup plus dorénavant. Je ne souhaite plus connaître la défaillance de cette fin d'après midi.

Eric nous fait son petit "causé" quotidien, toujours un grand moment pour découvrir les us, coutumes de l'île.

Quelques étirements, un anti inflammatoire pour remédier aux courbatures.. J'ai également une forte douleur aux cervicales, satané sac à dos... Dur, dur, décidément pas facile cette troisième journée. La nuit va être la bienvenue.

Gde Traversée créole - Etape 4 -007Gde Traversée créole - Etape 4 -027Gde Traversée créole - Etape 4 -039Gde Traversée créole - Etape 4 -085Gde Traversée créole - Etape 4 -106

Etape 4 :    Aurère - îlets des Lataniers

Durée : environ 6h de marche

Dénivelée + : 840 m

Dénivelée - : 1050 m

Altitude max : 1000 m

Altitude min : 280 m

Album photos de la journée :  Reunion---Aurere-a-Lataniers Reunion---Aurere-a-Lataniers

La nuit a été très profitable, réparatrice.... je ne sens plus aucune douleur ce matin et me sens tout disposé pour cette quatrième étape. En plus, le temps est ensoleillé ce matin.
De montées en descentes, de bras de ravines en rivières, le sentier doit nous mener en fin d'après midi au coeur des îlets des lataniers (610m).
D'Aurère, nous prenons d'abord la direction de l'ïlet à Malheur. Après avoir traversé une planttion de chouchou, nous franchissons bras Bémale par une passerelle. Deux parois presque verticales servent d'écrin au cours d'eau. Le chemin devient raidillon  pour arriver à l'îlet à malheur (859m). L'îlet maudit a depuis longtemps oublié les luttes entre chasseurs blancs et noirs marrons. Il est aujourd'hui un petit endroit fleuri et paisible : l'école, la petite chapelle et son clochet.. nous nous arrrêtons quelques instants pour profiter du lieu.
Nous quittons l'îlet à malheur en direction de l'îlet à Bourse. après avoir traversé deux ravines, après au moins 1h30 de marche, nous atteignons l'îlet à Bourse. Nous faisons le plein d'eau et achetons de quoi préparer nos sandwichs dans une petite épicerie.
Nous poursuivons notre chemin, d'îlets en îlets : grand place, puis Cayenne. Nous marquons ici une grande pause déjeuner d'au moins deux heures, l'occasion de faire une petite sieste.
Dans l'après midi, nous gagnons à nouveau la rivière des galets que nous traversons à l'aide d'une passerelle puis remontons à gauche par un sentier très pentu. 250m de dénivelée une nouvelle fois très physique afin d'atteindre l'îlet des Lataniers. Une nouvelle montée où on "fé pas le coq !"
Nous gagnons notre gîte aux façades bigarrées pour y passer la nuit. Une quinzaine de jeunes trekkeurs animent la soirée... 
Gde Traversée créole - Etape 5 -008Gde Traversée créole - Etape 5 -011Gde Traversée créole - Etape 5 -027Gde Traversée créole - Etape 5 -091Gde Traversée créole - Etape 5 -110

Etape 5 :    Ilets des lataniers - Roche Plate -Plaine des sables

Durée : environ 7h de marche

Dénivelée + : 1390 m

Dénivelée - : 600 m

Altitude max : 1600 m

Altitude min : 610 m

Album photos de la journée :  Reunion---lataniers-a-plaine-des-sables Reunion---lataniers-a-plaine-des-sables

Une grosse journée de marche nous attend aujourd'hui avec une forte dénivelée posiitve, départ 6h30..
La journée commence par une forte pente. Nous empruntons le chemin des écoliers pour gagner l'îlets des orangers entre le piton Berronne et l'imposant contrefort du piton Maïdo (2200m). 400 m de dénivelée positive : le sentier est de toute beauté. Il se faufile à travers un canyon avant de monter à l'îlet des orangers. C'est ce chemin très physique, très pentu qu'emprunte chaque jour les écoliers de l'îlets des lataniers pour se rendre à l'école située à l'îlet des orangers. L'épreue sportive est assurée.
Nous traversons l'îlet et prenons la direction de la Brèche vers le sud. Nous traversons la ravine du maïdo (898m) puis la ravine Grand-mère avant de monter jusqu'à la brèche (1293m)... Encore un raidillon bien pentu. Malheureusement, le point de vue est une nouvelle fois bouché par la brume qui commence à recouvrir le ciel.
Nous descendons rapidement sur Roche plate (1132m). Il commence à pleuvoir. Nous nous réfugions sous le petit préau de l'école pour déjeuner et siester.
C'est dans la farine que nous rejoignons les trois roches (1250m)  après 400m de dénivelée positive et de descentes. (1167m de dénivelée positive et la journée n'est pas finie). Le site des trois roches est particulier : une dalle rocheuse presque plane se transforme soudain en un gouffre dans lequel la rivière des galets se jette en cascade. Je regrette que la météo ne soit pas au rendez-vous. Ce lieu aurait offert de très belles photos avec un ciel bleu.
Un dernier raidillon pour terminer la journée et rejoindre la plaine des sables et l'habitation de monsieur Noirot, notre hôte d'un soir chez qui nous dînons. "Out' mangé lé bon..."Cette nuit, nous bivouaquons en pleine nature, au coeur du cirque de Mafate.. Un petit bonheur malgré l'humidité. La nuit va encore une fois réparer toutes les douleurs occasionnées par cette journée harassante.
Gde Traversée créole - Etape 6 -006Gde Traversée créole - Etape 6 -012Gde Traversée créole - Etape 6 -052Gde Traversée créole - Etape 6 -089Gde Traversée créole - Etape 6 -133

Etape 6 : Plaine des sables - marla - Col du Taïbit - Cilaos

Durée : environ 6h de marche

Dénivelée + : 950 m

Dénivelée - : 1300 m

Altitude max : 2081 m

Altitude min : 610 m

Album photos de la journée :  Reunion---Marla-cilaos Reunion---Marla-cilaos

Levé à l'aube (5h30) ce matin. J'ai bien récupéré. je profite de mon réveil matinal pour prendre quelques photos des environs.
Notre journée de randonnée commence par une descente face au soleil. Ces doux rayons nous caressent l'épiderme : un bienfait. Nous retrouvons la rivière des galets (1330m) que nous traversons. Anne-marie glisse et se retrouve dans l'eau lors de la traversée à gué. La descente fait place à une belle montée, de nouveau très pentue, mais l'organisme s'est adapté et les 300m de dénivelée positive pour rejoindre le plateau de Marla (1625m) s'effectue à bon rythme.
La première partie de l'ascension vers le col du Taïbit est rude, abrupte, vertigineuse jusqu'à un très beau point de vue sur Marla. Dans la seconde partie, la pente s'adoucit et progreese à travers une forêt d'accacias. Le col du Taïbit est le point de passage entre le cirque de Mafate que nous allons quitter et le cirque de Cilaos dans lequel nous pénétrons. Le promontoire offre donc un très beau point de vue sur tout le cirque de Mafate. Le vent frais souffle fort ici et nous empêche de trop nous attarder.
Nous plongeons dans le cirque de Cilaos par une descente abrupte, rapide... Après quelques lacets, nous arrivons assez vite à un petit col gardé par un "bon dieu". Nous descendons au milieu d'arbres à lichen avec en point de vue les trois Salazes, le grand Morne et le piton des neiges enveloppés dans les nuages.
Nous nous accordons une pause pique-nique dans un petit endroit de verdure au milieu de hautes herbes vers le plateau de l'îlet des Salazes avant de poursuivre la très longue descente jusqu'à Cilaos.
Nous débouchons sur la route de l'îlet à cordes (D242).. Nous délaissons le sentier de la cascade de bras rouge et optons pour les 5kms de bitume permettant de rejoindre le centre de Cilaos. Un fin roulante, à grandes enjambées, menée à très grand rythme par Yves.
Nous gagnons notre gîte dans les hauteurs de Cilaos.
Gde Traversée créole - Etape 7 -007Gde Traversée créole - Etape 7 -010Gde Traversée créole - Etape 7 -013Gde Traversée créole - Etape 7 -023Gde Traversée créole - Etape 7 -028

Etape 7 : Plaine des sables - marla - Col du Taïbit - Cilaos

Durée : environ 4h de marche

Dénivelée + : 1290 m

Dénivelée - : 0 m

Altitude max : 2479 m

Altitude min : 1210 m

Album photos de la journée :  Reunion---Cilaos-Caverne-Dufour Reunion---Cilaos-Caverne-Dufour

C'est grasse matinée ce matin. Le programme de la journée consiste à rejoindre le refuge de la caverne Dufour situé 1300m plus haut. Nous sommes le dernier jour de l'année 2012. Nous avons prévu de passer le réveillon de la St Sylvestre dans le refuge et de nous lever de bon matin pour rejoindre le sommet du piton des neiges au lever du soleil le premier jour de l'année 2013.

Nous profitons de la matinée pour découvrir le petit ville de Cilaos pour faire le ravitailement pour le reveillon. Nos sacs risquent de s'allourdir dangereusement.

Le départ est fixé à 11h.

Mais le choix de partir tard ne se révèle finalement pas très judicieux. Le temps qui était plutôt au beau fixe se dégrade rapidement et dès le début du tracé du jour, la pluie nous accompagne, une pluie torrentielle qui ne nous lâchera pas jusqu'à l'arrivée au refuge. Dépité, je range l'appareil photo dans le sac à dos.

Nous gagnons, par la route, enveloppés dans nos capes de pluie, le lieu-dit le Bloc (1380m). Il tombe des cordes. Nous renonçons à prendre le pique-nique ici, nous verrons plus haut.

Une rude ascension débute à travers la forêt de bois de couleurs. Décidément, les marches sont toujours aussi hautes. C'est un rempart qu'il faut gravir aujourd'hui. Chacun monte à son rythme. Je prends un peu d'avance, acompagnée d'Anne Marie. Nous gagnons un petit abri fort apprécié environ à mi-chemin (lieu-dit le petit Matarum). Il est possible de se ravitailler à une petite source d'eau. C'est ici que nous dévorons nos sandwichs. J'ai très froid, je n'arrive pas à me réchauffer, le petit vent glacial s'engouffre dans mes fringues détrempées. Faut que je bouge.. Juste le temps de remplir ma camelbak, je me lance dans la suite de l'ascension, suivi par Anne Marie, sans atendre mes autres acolytes.

La pente d'élève encore... Anne Marie souffre dans la montée... Je poursuis en gardant mon rythme.. Je gère mon souffle... les pierres deviennent plus glissantes...

Les marches deviennent des échelles... La fusée Thomas est sur orbite...Elle me dépasse. J'ai juste l'impression de faire du sur-place.. No panique, encore un petit coup de rein et le gîte est à vue, la pluie a cessée. Je sors l'appareil photos et je déclenche. Une douzaine de trekkeurs se prélassent déjà sur la terrasse panoramique du gîte. Je prends rapidement possession d'un lit dans un dortoir et enfile des vêtements secs après un petit coup de lingette (pas d'eau chaude ici et j'ai vraiment trop froid pour me résgnier à a douche glacée). Yves atteint maintenant le gîte puis une tentaine de minute plus tard Anne Marie et Eric nous rejoignent.

Petite soirée de la saint sylvestre au gîte de la caverne Dufour... l'occasion d'échanger, de partager avec d'autres randonneurs et de festoyer au rhum : un moment rare, magique... Un bel échange avec Aurélie qui me demande quelques conseils photographiques

Quelques randonneurs font halte au refuge pour se désaltérer, se reposer quelques minutes et poursuivent djéà l'ascension du piton des neiges. Ils vont bivouaquer au sommet pour la saint sylvestre.

Nous gagnons le dortoir vers 23h.... Demain lever à 2h30 pour attaquer l'ascension du piton des neiges à la frontale, suivie d'une très longue journée de marche

Gde Traversée créole - Etape 8 -050Gde Traversée créole - Etape 8 -068Gde Traversée créole - Etape 8 -077Gde Traversée créole - Etape 8 -101Gde Traversée créole - Etape 8 -107

Etape 8 : Ascension Piton des neiges - Caverne Dufour - Bourg Murat

Durée : environ 10h de marche. Cumuler l'ascension du piton des neiges et l'étape jusqu'à Bourg Murat fait de cette étape une journée éreintante

Dénivelée + : 850 m

Dénivelée - : 1440 m

Altitude max : 3071 m

Altitude min : 1600 m

Album photos de la journée :  Reunion---Piton-des-neiges-bourg-murat Reunion---Piton-des-neiges-bourg-murat

L'ascension du piton des neiges

1er janvier : 3h...En métropole, 2013 lé la !!

Je me lève après une trop courte nuit. Le refuge est bondé.. De nombreux autres randonneurs se sont lancés dans l'ascension à partir de Cilaos ou de Hell-Bourg vers 22h, 23h la veille et font une petite halte pour se réchauffer au refuge avant l'ascension finale... Je m'affaire en préparatifs :un Tshirt manches longues, un coupe vent, une paire de gants pour débuter l'ascension, je mets ma veste imperméable en goretex et mon bonnet dans le sac à dos..., J'avale un petit café pour me réveiller.

3h30 : Des petits groupes commencent à se former et partent à la  file indienne, lampes frontales fixée sur les têtes... Au loin, les loupiotes vascillent dans la nuit et forment un joli ballet de lucioles dans le ciel étoilé.

J'allume à mon tour ma frontale et prends la file derrière Eric et Aurélie.. Les premiers pas sont hésitants, je titube sur le sol très irrégulier, caillouteux que le faisceau de ma lampe a du mal à bien éclairer. Mais, je prends assez vite mes marques. Eric marche à très bon rythme sans marquer d'arrêt. Nous progressons assez rapidement malgré la dénivelée imposante dans cette première partie d'ascension. 

Seul les bruits de nos godillots qui buttent ici ou là sur les pierres du sentier sinueux, et nos fortes respirations, cassent le silence de la nuit. Chacun est concentré sur son rythme de marche, les yeux fixés au sol.

Nous montons dans les anciennes coulées de lave du volcan... Nous suivons les marques blanches au sol qui délimitent le sentier et guident notre progression.

Un petit arrêt de deux à trois minutes pour se désaltérer et notre cortège repart de plus belle... La pente devient plus douce, Il me semble même parcourir un partie plane pendant quelques minutes...

L'ascension finale se veut plus progressive, mais le vent glacial est de plus en plus présent.. Le givre recouvre nos vêtements. Je grelotte.. J'ai le crâne qui gèle ! Vite, je revêtis ma goretex et mon bonnet à 50m du sommet.

4h45, J'atteinds le sommet après 1h15 d'ascension depuis la caverne Dufour. Nous avons avalé les 600m de dénivelée positive. Et je ressens une nouvelle fois, cette émotion si particulière, cette sensation qui m'étreint à l'arrivée de chaque sommet... Vous décrire ce frisson qui m'envahit à ce moment précis est une tâche bien au-dessus de mes piètres qualité de narrateur. Je n'ai pas les mots. En même temps, il me semble qu'il faut le vivre.

Les courageux qui ont passé la saint sylvestre au sommet ont pris soin de monter leurs toiles de tentes dans des enclos de pierres à l'abri du vent. Il faut dire que le vent souffle fort ici. Il fait froid... Je sautille sur place, je frappe dans mes mains afin de me réchauffer.

J'installe mon mini trépied gorillapod et mon reflex prêt à déclencher pour immortaliser le premier lever de soleil de l'année 2013.

Le piton es neiges se dresse au centre des trois cirques (Salazie, Mafate, Cilaos) de l'île qui forment un as de trèfle autour du sommet...Ce matin  la mer de nuages recouvrent tous ces amphithéâtres naturels... Il ne nous sera donc pas possible d'admirer le spectacle plus bas. Nous sommes au dessus des nuages et j'ai bon espoir de voir apparaître le soleil.

Subitement le temps s'acélère et voilà que demain met fin à la nuit... Des rais de lumières transpercent la mer de nuages et inondent le ciel d'un beau jaune orangé, réchauffant les coeurs, laissant entrevoir la source de tous les possibles. Je me régale de ce spectacle grandiose qui vaut tous les festins de la terre. Tous les nuages qui tournaient avec vélocité dans ma tête se dissolvent, c'est l'été qui inondent maintenant mes pensées. J'ai à peine le temps de ressentir l'émotion qui envahit et qui gigote dans tout mon corps. Je suis vivant à m'en exploser le coeur ! Je verse mêmes quelques larmes de plaisir. Je n'ai plus froid aux doigts, c'est comme si des étés précoces naissaient dans le creux de mes mains.

Je reste une bonne heure au sommet du Piton des neiges avant de me résoudre à redescendre. La journée est loin d'être terminée. Nous devons rejoindre Bourg Murat avant la fin d'après midi.

A la descente, on redécouvre le paysage qui nous était invisible au milieu de la nuit noire durant ascension.

Le décor est fabuleux : des pavés de laves durcies, de la roche volcanique recouverte de scories ferrugineuses, un tapis de lapillis qui roulent sous nos chaussures... J'effectue la descente très rapidement... Je retrouve petit à petit un peu de végétation... et déjà le gîte de la caverne Dufour...

Je rassemble toutes mes affaires que j'avais laissée dans le dortoir et prends un petit déjeuner.. Nous partons à 9h en direction de la plaine des Cafres pour rejoindre Bourg Murat.

Caverne Dufour - Bourg Murat

La journée est loin d'être finie. Nous devons rejoindre la plaine des cafres et plus particulièrement Bourg Murat.

Nous laissons le sentier qui redescend au bloc, pour partir à gauche . Le sentier longe le coteau Kerveguen. Le temps est ensoleillé mais de fortes rafales de vent ponctuent notre progression. Je supporte ma veste coupe-vent. La première descente est plaisante. Elle s'effectue au milieu d'une végétation de bruyères...

Cette longue marche (près de 20kms avec plus de 1000m de dénivéle négative), qui s'ajoute à l'ascension matinale du piton des neiges, le peu de sommeil de la nuit précédente...  Autant de facteurs qui mis bout à bout, vont faire de cette journée une étapes difficile physiquement et mentalement (sans aucun doute, la journée la plus dure).

Nous rejoignons assez vite une petite plaine marécageuse... On se croirait dans le connemara les pieds das la tourbe... Et nos affaires se corsent. L'itinéraire s'éloigne du rempart et plonge dans la plaine des Cafres, mais le sentier est plus que boueux. 3h de descente horribles dans la gadoue.. Je tords l'un de mes bâtons en voulant éviter une chute dans la mélasse.. C'est impossible autant de gadoue.. Mais qu'est-ce qu'on fait là ! Le moral de toute la troupe en prend un coup... Et voilà que le ciel en rajoute une couche, la pluie se met à tomber fortement, et le terrain dejà glissant devient ruisseau... Nul doute que cette étape va laisser des traces.

Un petit raidillon et de nouveau une descente interminable jusqu'à rejoindre un pâturage et en finir avec la gadoue.

Nous voici maintenant sur une partie roulante au milieu des prés, nous devons rejoindre la N3. On en a plein les pattes. Il a plu quasiment toute la journée et les rafales de vent sont de plus en plus violentes. Eric semble imquiet. Quand est-ce qu'on arrive...

Arrivés à la route nationale, il nous reste encore à parcourir 3 kms sur le bitume pour gagner notre gîte. A peine le temps de poser le sac à dos qui nous semble peser des tonnes, les propos de l'aubergiste tombent comme un couperet : l'île est passé en alerte orange. Une tempête tropicale se rapproche dangereusement des côtes : les randonnées sur sentier sont interdites jusqu'à nouvel ordre.

 

DUMILE  stoppe net notre progression

2 janvier : Les nouvelles ne sont pas bonnes. La tempête tropicale s'est encore rapprochée des côtes... Il pleut des cordes et le vent est très violent. La météo prévoit que la tempête se transforme en cyclone. Il porte désormais le nom de DUMILE, il devrait être au plus près des côtes le lendemain en milieu de journée. Nous devons nous ranger à l'évidence. Notre GR R2 risque fort de se terminer à Bourg Murat qu pied du volcan de la fournaise. Vu la tournure des évènements, il nous sera impossible de terminer les 3 dernières étapes... L'information laisse un goût amer... Les terres minérales du volcan de la fournaise s'éloignent... Echouer si près du but :-(

Nous nous branchons sur la chaîne de radio Réunion première à l'affût de la moindre information. La déception fait maintenant place à la crainte de vivre un cyclone.

Le temps se dégrade encore.. Les vents sont de plus en plus violents... Nous nous préparons comme tous les habitants de l'île à l'approche du cyclone 

3 janvier : La nuit a été très agitée.. Pas besoin d'écouter la radio pour savoir que le cyclone s'est encore rapproché. Le préfet vient de passer l'île en alerte rouge. Il est désormais interdit de sortir à l'extérieur. 

L'électricité vient dêtre coupée.. Nous n'avons plus d'eau...Le vent se déchaîne, il pleut à déluge.. Le toit du gîte ondule dangereusement sous les bourrasques du vent. Les ravines alentours débordent, des torrents de boue dévalent les pentes...

Je n'avais jamais connu de tempête tropicale, de cyclone et je découvrais ce phénomène extraordinaire dans une sorte de délire. On auait dit un déluge maléfique, comme si uen boite de pandore déversait sur le gîte d'incesantes bourraques de colère et de sortilèges.

Cela faisiat 6 ans que l'île avait été épargné par les cyclones... On pourrait se lamenter sur son sort... se dire qu'on a finalement pas de bol... Mais l'île avait besoin de ce cyclone. Malgré les dégâts considérables occasionnés  (tous les lichis, toutes les mangues sont par terre, des parties de routes ont été emportése par les raviers...), l'eau qui est tombée a renfloué les nappes qui en avaient bien besoin.

Gde Traversée créole - Etape 9 -015Gde Traversée créole - Etape 9 -020Gde Traversée créole - Etape 9 -061Gde Traversée créole - Etape 9 -097Gde Traversée créole - Etape 9 -108

Le volcan de la Fournaise

Album photos :  Reunion---Piton-de-la-fournaise Reunion---Piton-de-la-fournaise

Le calme après la tempête...

Le cyclone DUMILE s'éloigne, le ciel bas et gris fait place à un beau ciel bleu.. L'alerte rouge a été levée mais l'île est toujours en alerte orange. Les sentiers de randonnée ne sont pas prêt d'être autorisés. Eric nous propose de rejoindre le gîte du piton de la fournaise par la route.. Une petite cerise sur le gâteau pour nous faire oublier ces deux journées à rester cloitrer.. C'est véhiculé, en slalomant sur la route pour éviter les branches d'arbres qui jonchent le sol que nous gagnons plusieurs points de vues : la caldeira de la rivière des remparts, le cratère Commerson, la plaine des sables et la caldeira du piton de la Fournaise. Nous descendons une petite heure fouler le sol lunaire de la caldeira, rejoindre la Formica léo qui fait figure de fourmilière géante au pied du piton. Une belle escapade. Il aurait été dommage de ne pas faire un tour dans cette partie minérale de l'île.

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Saint Gilles

Album photos :  Reunion---Saint-Gilles Reunion---Saint-Gilles

C'est à St gilles sur la côte ouest que nous passons notre dernière journée sur l'île. La baignade est interdite, non à cause des requins (qui ne mangent d'ailleurs que les zoreilles) mais à cause du cyclone... les boues qui ont été déversées dans l'océan ont répandu le staphylocoque doré.. Beurk

Il est pourtant tentant de se jeter à l'eau qui avoisine les 28°... Tant pis, plouf... L'air est lourd et mouate sur la côte.. je dégouline sans faire un effort. L'air était moins suffioquant dans les hauteurs.

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Published by Philo - dans Rando DOM
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commentaires

free online grammar checker 03/06/2014 23:46

En voyant votre blog sur une île tropicale. Je voulais juste obtenir sur une île. Merci pour ce bon blog.

HOUSSAIS 27/01/2013 21:50

trés beau reportage de votre GRR2 sa donne envie Pour moi ces un projet pour novembre 2014 est que le GR et bien balise et trouve ton assez facilement du couchage
merci

Philo 28/01/2013 13:00



Bonjour,


Merci pour votre commentaire...


Le GR est tès bien balisé... des pancartes indiquent les grandes directions et le marques de GR sont très présentes. Vous pouvez vous aider du topoguides suut les GR de l'ile de la r"union édié
par la FFrandonée qui est bien fait. Il détaille bien chaque étape, une carte au 1:50000 retrace chaque étape.. Certaines étapes permetent un choix entre plusieurs gites. D'autres par contre, il
n'y en a qu'un seul (plaine des chicots, caverne dufour....). Octobre, Novembre, sont les périodes de grande fréquentation... Il y a donc intérêt de réserver très à l'avance la place dans les
gîtes ou refuges.


A vos rêves...



Anne 14/01/2013 23:48

Super ton blog !
Merci de nous faire voyager encore et encore ......et de nous faire revivre tant d'émotions.
Que la route semblait longue certains jours, nos efforts ont été largement récompensés par les rencontres des habitants de cette superbe île, les magnifiques paysages, le calme et la serenité du
cirque de Mafate... loin de tout.
Ravie d'avoir partager ce trek avec vous, ces moments de rire, d'effort, de doutes et de partage.
Encore merci pour tout et bien sûr pour ce très beau récit.
Bises
A bientôt
Anne-Marie

Philo 28/01/2013 12:53



Merci à toi à Anne-marie pour cette belle tranche de vie partagée...


Bises