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1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 13:52

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Le djebel Saghro est une chaîne montagneuse bordant au Nord la vallée de Dadès et le haut Atlas et reliant au sud la vallée du Drâa.


Le Saghro est un massif rocheux torturé et sculpté par les éléments. Il offre un spectacle saisissant formé de décors très variés. Aux grands espaces luniares et arides se mêlent des aiguilles
volcaniques de basalte qui se dressent fièrement comme des flèches fendant le ciel.. Pitons rocheux, gorges profondes, oueds assèchés, canyon, petit paradis cachés, oasis, vallées encaissées
verdoyantes, petits villages nomades en pisés atypiques et oubliés, les paysages changent à pas d'homme et font de chaque journée de trek un véritable enchantement. La nature semble réciter un
poème géologique composé par le temps, le vent et les eaux... Et la magie opère !


Les palmiers, les lauriers roses, les genévriers, les fleurs de montagnes tapissent le djebel et complètent le tableau. Quelques scorpions jaunes et noirs endormis sous les pierres peuplent la
montagne sous l'oeil de l'aigle royal.


Les nomades de la tribu des Ait Atta font paitre leurs troupeux de chèvres et de moutons en attendant la transhumance vers le Haut Atlas... Leurs journées semblent s'écouler paisiblement,
rythmées par la chaleur et les rencontres autour d'un verre de thé.


Fouler les pentes et les chemins pierreux, les oueds, les gorges et les vallées du Saghro fut pour moi une très belle aventure, une agréable surprise à chaque détour, à chaque sommet, un rêve
éveillé rempli de féerie.

Liens vers les albums photos


Etap 1 : Tagdilt, Almou n'Ouarg -  Maro---Djebel-Saghro--Etape 1


Etape 2 : Tizi n'Ouarg - Kuaouch - Igli -  Maroc---Djebel-Saghro---2


Etape 3 : Igli - Bab n'Ali - Ighazoun -  Maroc---Djebel-Saghro---3


Etape 4 Ighazhoun - Handour -  Maroc---Djebel-Saghro---4



Etape 1 : Tagdilt (1650m) - plateau de Almou n'Ouarg 

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Notre équipe de trek a rejoint le gîte d'étape chez Bourig Brahim la veille au soir.
Le gîte est situé dans a vallée de Dadès au pied de la montagne.


Il est 7h ce matin et nos multiers s'affairent à charger les quatre mules qui vont transporter notre barda.


Yalla... Le sentier quitte la vallée de dadès et s'enfonce progressivement dans la montagne. Cette journée est exclusivement composée de grimpettes mais les pentes sont douces, et c'est très
progressivement que nous prenons de l'altitude. 


Nous foulons un sol minéral... une terre sabloneuse recouverte de blocs de roches, d'amoncellement de pierres. Le chemin caillouteux s'élève, traverse un oued assèché, pour rejoindre le col de
tizi n'Ouzarzam à 2460m d'altitude. Nous pénétrons dans la zone des genévriers thurifères dont certains spécimen ont près de 200 ans. C'est à proximité d'une source sacrée, à l'ombre d'un bosquet
de genévriers que nous faisons halte pour le pique-nique. L'amoise odorante parfume notre pause.


Après une bon arrêt de deux heures trente pour éviter la trop grosse chaleur et profiter d'une bonne sieste, notre équipe se remet en route pour redescendre SSE vers le plateau d'Amou n'Ouarg
(2300m). Après quelques passages près de buissons aux épines belliqueuses, nous rejoignons un sommet jonché de pierres très rondes, lisses, qui semblent avoir été polies... De gros galets
façonnés par les éléments , semblables à des oeufs, jonchent le sol de couleur ocre. La couleur orange complète le beau ciel bleu et compose un tableau de conte de fée. Magnifique contraste de
couleurs. Nous gagnons alors un petit plateau enserré entre les montagnes, près d'un puits utilisés par les nomades. C'est près d'un petit abri sommaire de pierre (azib) que nous allons dresser
notre premier bivouac. 


Deux jeunes filles nomades de la tribu Ait Atta nous rejoignent et nous proposent quelques portes bonheur fait mains à attacher à nos sacs à dos. Nous partageons le thé à la menthe.


Alain sort de son sac une darbuka et nous entraîne dans des rythmes endiablés... Les muletiers le rejoignent avec des bidons, des casseroles et forment un bel orchestre à percussions.


Mais déjà le soleil disparaît derrière la montagne sur la pointe des pieds. Une brise légère s'engouffre dans le plateau... la fournaise de l'après midi fait place à un air bien plus frais...
Vite l! Les manches longues.


Un bon repas partagé sous la tente messe, quelques énigmes prosposées par Alain.. Des plaisirs simples, de grands moments de vie.


"Je nais de la terre et vis dans les airs. C'est au sein de ma mère que j'engendre mon père"


"Plus vous en retirez, et plus je deviens grand, mais je serais comblé si vous en rajoutiez"


"Sitôt que l'on me nomme, je n'existe plus"


"Gratte ma tête et du rouge viendra le noir"


"Je danse en descendant et je remonte en pleurant. Qui suis-je ?"


Il est temps de rejoindre morphée, des rêves plein la tête.


Nous renonçons à dormir à la belle étoile. Une multitude de chiens errants déambulent en hurlant sur le plateau.


Lien vers l'album photo de l'étape 1Maro---Djebel-Saghro--Etape 1



Etape 2 : Lamou N'Ouarg - Tizi n'Ouarg - Kouaouch - Igli

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Levé 6h. Le sommeil a été agité... Les chiens ont aboyé toute la nuit. Après avoir plié les tentes et engloutit un bon petit dej, nous entâmons l'étape aux alentours de 7h.


Nous montons d'abord vers le col de Tizi n'Ouarg par un chemin en lacets puis rejoignons le point culminant du djebel Saghro : le Kouaouch (2600m). Les 10 derniers mètres d'ascension nous
oblignent à poser les mains. Le cairn est à vue. Nous avons atteint les sommet et profitons d'un magnifique belvédère sur la barrière enneigée de l'Atlas. Nous restons quelques minutes en haut et
nous nous adonons à quelques photos de groupes, quelques sauts de joies...


"Parfois je suis fort, parfois je suis faible, je parle toutes les langues sans jamais les avoir apprises"... J'ai l'envie soudaine de crier ton nom pour que la montagne le reprenne en écho et
qu'à la pointe de l'aurore, il résonne encore.


La descente s'effectue dans des paysages somptueux au coeur de reliefs tabulaires: petit canyon, vallées profondes aux sommets découpés. Nous pénétrons dans la vallée de Tassigdelt.  Que
c'est beau ! Perclus chacun dans son silence, nous contemplons l'horizon magnifié par la lumière, certains que marcher est l'unique manière de VOIR, l'unique façon de faire mentir Baudelaire "Le
merveilleux nous enveloppe et nous abreuve comme l'atmosphère mais nous ne le voyons pas". J'ouvre grands les yeux, je scrute, j'inspire violement, je m'abreuve de toute cette beauté. Mon corps
marche, mais mon esprit s'évade, divague. J'ai l'impression de parler aux rochers, aux fleurs, au vent. J'en oublie à regrader devant moi. Mon genou gauche heurte violement un bloc de roche. La
douleur me rappelle à la réalité. Je souffre, chaque mouvement devient extrèmement pénible.


Marie, en qualité d'infirmière, et pratiquante en reiki m'administre les premiers soins.


Et le décor change encore. D'immenses pitons rocheux bordent maintenant le sentier qui rejoint un petit havre de verdure. C'est dans ce décor de rêve, sous un amandier au milieu des pitons
rocheux que nous marquons la pause repas.


Au lieu de siester, Francis me propose d'escalader l'un des pitons qui nous fait face... Je le suis aveuglément. L'expert en varappe m'entraîne dans une belle aventure.


Dans l'après midi, nous remontons un canyon, atteignons une crête qui nous mène jusqu'à la bosse du Chameau : un gigantesque rocher à la forme caractéristique représentant l'animal.


Au pied du rocher, nous plongeons dans le ravin pour rejoindre le campement d'Igli (lac assêché) où nous installons notre second bivouac.


Un petit thé à la mente. Mohamed, notre cuistot nous a préparé des beignets. Une véritable orgie ! Excellent !


Non encore rassasié par la journée, sous l'impulsion de Linda, une petite équipe composée de Linda, Mireille, Francis et moi-même s'organise et part  gravir un gors bloc rocheux à proximité
du campement. Une trentaine de minutes d'ascension pour rejoindre le sommet du rocher en forme de diadème de Miss situé 250m plus haut que notre camp. "Comme ça, tu pourras dire que tu t'es monté
une Miss" me lance Linda non sans humour. Après quelques sauts et équilibres en tout genre au sommet du diadème, notre petite équipe rejoint le reste de la troupe pour partager le repas du soir.


Ma rotule me fait mal. je la recouvre de voltarène et avale un antalgique.


Lien vers l'album photos de l'étapeMaroc---Djebel-Saghro---2


Etape 3 Igli - Bab n'Ali - Ighazoun

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5h30 du matin. Je me suis levé tôt pour faire quelques photos. Mais Impossible de remettre la main sur mon objectif Nikon 24-70 f2,8. Je peste contre moi-même. C'est maintenant certain. Je l'ai
oublié sur un sentier. Je revois l'emplacement là haut sur la crête, un peu avant la bosse du Chameau. J'interpelle Ahmed que je convainc de m'accompagner avant le levé du groupe. C'est à grande
vitesse, par un raccourci en pente très raide que nous prenons la direction de la  la crête. Je peine à suivre à Ahmed qui me distance dans l'ascension trop rude et trop rapide pour mon
palpitant qui bat à tout rompre.. J'ai bien du mal à me hisser jusqu'en haut dans ce délale de pierres. Près de 500m de
dénivelée, 1 heure plus tard. Je rejoins la crête, puis l'emplacement où je pense avoir oublié mon objectif. Rien ou plus rien. Chiotte ! En plus, j'ai perdu le guide. Je l'appelle sans succès.
Il est déjà 7h.. je distingue tout en bas au loin en point de mire le campement. Mes acolytes doivent être en train de prendre leur petit déjeuner. Je décide de redescendre dans le ravin à pic.
Je glisse, je me rattrape tant bien que mal à quelques blocs. Rattrapé par le stress, je navigue à vue hors des chemins, je ne veux pas retarder le groupe, être un boulet... Je chute dans la
descente. Aie !


Je rejoins le campement bredouille vers 7h40. Ahmed arrive cinq minutes plus tard. Il est allé bien plus loin mais n'a rien retrouvé.


C'est avec une petite heure de retard sur le planning que nous engageons cette longue journée de marche.


La tête du Chameau dans le dos, nous nous dirigeons sur un plateau en direction d'Afourar. Nous croisons quelques petites maisons traditionnelles en pisé et faisons face au rocher de l'éléphant
qui déploie fièrement sa trompe et ses oreilles. Nous suivons une piste puis dévions sur la gauche. Une petite ascension nous permet de rejoindre le petit hoggar du Maroc : Au milieu d'un chaos
de roches, des pitons se dressent comme des flèches semblant creuver le ciel. Superbe !


Nous progressons entre les pitons à flanc de ravins. C'est magnifique !


Nous pénétrons dans un oued assèché. Quelques vasques retiennent ici et là un peu d'eau teintée d'algues vertes. Quel décor ! Je m'attends à voir apparaître une fée surgissant d'une fontaine de
jouvence. Mais, seules quelques grenouilles y font trempette. Et si j'embrassais un batracien... un peu de rêve et de magie pourrait bien m'aider à trouver ma princesse ;-D 


Quelques lauriers roses font maintenant leur apparition dans le paysage.


Nous déjeunons à l'abri dans une cavité creusée dans la roche au pied d'une falaise à l'entrée des gorges d'Afourar.


L'après-midi réserve encore son lot de surprises et de paysages grandioses. Nous descendons les gorges d'Afourar entre des falaises abruptes dans le lit de l'oued puis remontrons vers la porte
de bab n'Ali. La journée est longue... Nous descendons maintenant dans le ravin d'Amguis. C'est près du village de Ighazoun que nous dressons notre troisième bivouac.


Lien vers l'album photos de la 3ème étapeMaroc---Djebel-Saghro---3


Etape 4 Ighazoun - Handour

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Cette dernière étape est la plus courte. Nous traversons un plateau parsemé de formations rocheuses pour rejoindre la vallée de Taoudacht. Cette vallée est très verdoyante. Nous traversons des
petits villages entourés de cultures et de palmiers. Des oasis de verdures dans une carte postale minérale. De très beaux contrastes de couleurs. C'est au pied du village de Handour que nous
passons notre dernière nuit sous tentes dans le djebel Saghro


Lien vers l'album photos de la 4ème étapeMaroc---Djebel-Saghro---4

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En conclusion

" Cette chose toute chose dévore : oiseaux, bêtes, arbres, fleurs. Elle ronge le fer, mord l'acier, réduit les dures pierres en poudre, met à mort les rois, détruit les villes et rabbat les hautes
montagnes" - Tolkien


la traversée du Sarhro est un très beau trek qui serpente au milieu de décors très variés Il offre aux randonneurs des moments de grâce, pris dans les filets du temps, hors du temps. 


Il m'a donné l'envie de vous crier mon essentiel "Abattre des kilomètres, grimper sur des rochers, escalader des montagnes, boire du vin, être ivre de vie, aimer une femme et mourir violemment".

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commentaires

Robert 19/05/2013 20:03

...Bonjour,...Grand Voyageur...
Encore un reportage à couper le souffle d'un retraité un peu entamé par deux semaines aux Iles Canaries :o))...

A la lecture de ton récit je me permets, afin de te rasséréner,...suite à la perte de ton Objectif Nikon...je me permets, Philippe, de te souligner que dans le Désert, il vaut mieux égarer un tel
accessoire plutôt que de briser sa bouteille d'eau..;
Je sais, Philippe, que des "Objectifs", tu n'en manques pas...et ce, égoïstement, pour mon plaisir immédiat...

Cordiamicalement.

Robert